Budget 2022 : le Dr Didier Kamerhe écrit à Félix Tshisekedi/Lettre ouverte au Président Félix Tshisekedi
LaprosperiteonlineNov. 22, 2021Lire l'original
Excellence Monsieur le Président,
A l’occasion de l’élaboration du Budget 2022, nous saisissons cette opportunité pour porter à votre connaissance que les efforts d’amélioration budgétaire sont évidents, mais demeurent encore insuffisants comparés aux promesses de campagne faites à la population et à l’atteinte des objectifs sociaux de votre vision. Dès votre accession à la Magistrature suprême, nous avons mis en place, sous la coordination du Ministère du Plan, un cadre programmatique et fédérateur de référence de toutes les interventions du Gouvernement et de ses partenaires au développement pour la période allant de 2019 à 2023 à travers le Plan National Stratégique de Développement de la RDC, PNSD en sigle, qui présente en détails les grands axes de votre vision.
Le premier pilier de ce programme quinquennal, tel que décliné dans le PNSD, est la valorisation du capital humain ainsi que l’amélioration du social des congolais qui est résumé par le concept politique : « le Peuple d’abord ». A ce jour, Excellence, la population de la RDC est estimée à plus ou moins 100 millions d’habitants dont 70% est jeune, ce qui fait d’elle la cible privilégiée de notre programme de société. S’il nous était permis de faire un état de lieu rapide, à mi-parcours, de la situation sociale des congolais, nous dirions en filigrane que la jeunesse demeure caractérisée par le désœuvrement prononcé à cause du chômage et une initiation insuffisante aux valeurs civiques et patriotiques. A l’Est du pays, l’enrôlement facile des jeunes dans les multiples groupes armés s’accentue et menace non seulement la sécurité nationale, mais également, terni davantage l’image du pays suite à l’insécurité, aux violences sexuelles et autres crimes contre l’humanité commis par ces groupes.
Après trois ans de mise en œuvre dudit PNSD, les résultats attendus en faveur de la population dans le secteur social sont plus ou moins mitigés ; bien que les causes de cette faible performance soient connues de tous, elle pourrait néanmoins constituer un handicap majeur pour le discours politique de renouvellement du mandat de celui qui est appelé à rendre compte à la population.
Pour que son Excellence, Monsieur le Président, ne soit pas contraint de recourir à la démagogie face à la misère noire de notre population comme le firent ceux qui vous ont précédé à ce fauteuil, il serait indispensable que nous restions constants dans notre ligne politique telle que définie au départ dans le cadre du CACH, c’est-à-dire accorder priorité au « changement de système», et ne pas céder à la tentation de promettre des faits non réalisables ni à court ni moyen terme car avec un maigre budget de 10 milliards de dollars, budget semblable à celui d’une université d’occident, nous sommes encore très loin des 86 milliards de dollars promis pendant la campagne électorale de 2018.
Quoique nos efforts soient réels, mais avec ce faible niveau de mobilisation des ressources par rapport au seuil attendu pour ce grand pays, le rendez-vous du bien-être social pour les 100 millions des congolais risque de se transformer en mirage inaccessible et, auquel cas, la sanction populaire sera implacable.
Pour les deux années restantes de ce mandat, nous vous suggérons que la priorité de l’action gouvernementale se situe sur deux axes :
– L’amélioration des conditions sociales de la population
– La restauration de la paix à l’Est du pays.
Axe 1, Amélioration des conditions sociales de la population :
Aucune formule magique ne pourrait être appliquée à une économie extravertie d’un grand pays comme la RDC pour le faire passer d’une situation de pauvreté extrême où la population vit en moyenne avec moins de 1 dollars par jour par habitant à celle où l’individu pourrait vivre avec au moins 2 dollars par jour et ce, en moins de deux ans, et au même moment améliorer l’espérance de vie de cette même population et le niveau d’éducation de base qui sont les trois paramètres essentiels, tels que définis par le PNUD, afin d’impacter l’Indice de Développement Humain (IDH) qui est l’indicateur objectivement vérifiable pour apprécier l’amélioration du social d’une population.
Avec ce modique budget, Monsieur le Président, une réduction sensible des dépenses de l’état s’avère prioritaire, en concentrant les ressources aux secteurs indispensables et en supprimant certains services inutilement budgétivores ou dédoublés à souhait pour des motifs d’accommodations politiciennes tant à la présidence qu’au gouvernement.
Deuxièmement, évaluer et actualiser « l’accord de Mbudi » en fixant de nouveaux jalons d’amélioration salariale en orientant, de façon prioritaire, les bénéfices financiers générés grâce à la lutte contre la corruption vers l’amélioration des salaires des fonctionnaires, conformément aux différents paliers du nouvel accord « Mbudi-2 », en privilégiant d’abord les militaires, les policiers et les enseignants pour la première année (2022), puis les autres catégories professionnelles à la deuxième année (2023).
Axe 2, défense et sécurité nationale :
La restauration de l’autorité de l’Etat sur tout le territoire national et imposition de la paix à l’Est de la RDC en mettant en place une armée véritablement républicaine et dissuasive sans coloration ethnique ni tribale. Ci-dessous, quelques actions proposées pour y parvenir :
– Revisiter et compléter les mesures d’application de l’Etat de Siège décrété dans les provinces du Nord-Kivu et Ituri, car la force militaire seule ne pourrait venir à bout d’un problème multifactoriel qui a, en plus du terrorisme perpétré par les forces négatives d’origine étrangères, comprend aussi des composantes des conflits de terres entre nos communautés locales, la menace des visées expansionnistes de certains pays voisins qui agissent au travers de certaines tribus partagées à la frontière ainsi que le déplacement des rebellions de ces mêmes pays voisins sur le sol congolais avec pillage systématique de nos ressources du sol et sous-sol.
– Procéder, de façon Très courageuse et sans négociation, au déplacement des tous les officiers supérieurs et les responsables de service de renseignement civiles & militaires loin de leurs provinces d’origine, en commençant par ceux des 3 provinces de l’Est du pays (Ituri, Nord-Kivu et Sud-Kivu).
– Purger notre armée, les FARDC, de l’affairisme qui la gangrène, en démobilisant et en procédant à la mise en retraite anticipée de tous les officiers qui sont devenus des vrais opérateurs économiques directement ou indirectement (par personne interposée) ce qui est contraire à la loi et au code militaire
– Désarmer sans compromis, après restauration de l’autorité de l’état et mise en demeure, tous les groupes armés locaux et étrangers qui opèrent sur l’étendue du territoire national de la RDC, à l’Est, en particulier.
– Promouvoir et renforcer les dialogues communautaires à la base entre différentes tribus et ethnies dans les provinces cibles à forte tension
Ayant un bilan à défendre seul d’ici 2 ans, conformément au mandat reçu du peuple congolais, son Excellence devrait marquer un temps d’arrêt pour identifier les actions à faible coût, en fonction des ressources du pays, mais à impact social et politique très élevé qu’il va assigner comme priorités, dans le cadre d’un plan tactique bi-annuel, au gouvernement de la république et mettre en place un véritable service de suivi et d’évaluation trimestrielle de la performance des Ministres au regard des résultats attendus de chacun d’eux dans leur portefeuille spécifique.
Dans l’espoir que ce mandat, à la tête du pays, va permettre de poser des fondements solides pour placer notre pays, la République Démocratique du Congo, sur sa rampe de lancement pour son développement durable, veuillez agréer, Excellence, l’expression de mes sentiments patriotiques !
Fait à Kinshasa, le 18/11/2021
Dr Didier Kamerhe